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Benoît Melançon, «La chanson québécoise depuis 1960», dans Daniel Couty, Jean-Pierre de Beaumarchais et Alain Rey (édit.), Dictionnaire des littératures de langue française : P-Z, Paris, Bordas, 1984, p. 1829-1830.

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Vers 1960, sous l’influence de Raymond Lévesque et des Bozos, les boîtes à chansons apparaissent, se multiplient. Félix Leclerc, qui a d’abord été reconnu en Europe, fait figure de patriarche, de modèle. Gilles Vigneault donne ses premiers spectacles : il veut rendre la poésie accessible aux gens de son pays. Georges Dor, poète et chansonnier, interprète Une boîte à chansons, puis se tourne du côté de la Manic. Axée autour du social, la chanson est influencée par les transformations politiques : chanter ne suffit plus, on doit crier. En 1968, l’Osstidcho («ostie de show» = sacré show) révèle Robert Charlebois, la chanteuse Louise Forestier, le monologuiste Yvon Deschamps. Au même moment, les Poèmes et chants de la résistance, apothéose d’une époque, annoncent la vague folklorique du retour aux sources.

Mai 68 et la contre-culture américaine répondent mieux aux aspirations de la jeunesse : la célèbre chanson de Vigneault, Mon pays ce n’est pas un pays (c’est l’hiver…) est remplacée par Mon pays, ce n’est pas un pays, c’est une job (le mot est féminin en québécois) de Charlebois, sur des paroles de Réjean Ducharme, qui signera plus tard une adaptation de textes de Brecht pour Pauline Julien. Le succès des groupes Harmonium et Beau Dommage fait émerger le chanteur-humoriste Michel Rivard. Les interprètes Diane Dufresne et Fabienne Thibault favorisent les jeunes créateurs. Plume Latraverse raconte, en joual, «les lendemains de la veille». Inspiré par le rock américain, le groupe Offenbach triomphe. Quelques poètes veulent descendre dans la rue, chanter avec le public. Raoul Duguay met de côté ses recueils de poésie pour célébrer la réunion de tous les «ôms». Michel Garneau, entre une pièce et un poème, enregistre quelques chansons. Lucien Francœur, hésitant entre la poésie et «aut chose », chante Nelligan sur un air de samba. Cette chanson cherche toujours son espace entre la parole et la poésie du Québec.


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